
Une cabane, dans la forêt enchantée. Viendras-tu y jouer ?
Prends garde toutefois à n’en pas sortir une fois la nuit tombée.
Oui, prends garde au croquemitaine.
Niobé émergea lentement de son sommeil. Elle s’étira paresseusement sur son lit et demeura désorientée. Saisie par l’ambiance trouble du rêve qu’elle venait de faire, elle peinait à reconnaître sa chambre rose d’enfant.
Niobé faisait souvent ce rêve qui ne lui laissait aucun souvenir à son réveil... Seulement l’impression curieuse de s’être rendue dans un autre foyer, à la fois familier et indiscernable.
Niobé sursauta quand son réveil sonna.
- C’est l’heure d’aller à l’école, marmonna-t-elle en baillant.
Elle quitta son lit et se dirigea vers la salle de bain qui, comme sa chambre, était située à l’étage.
Niobé fit sa toilette et enfila une tenue d’été, faite de couleurs claires assorties à sa chevelure rousse. Après s’être regardée dans un grand miroir, elle sourit de toute la fraicheur de ses douze ans puis elle descendit d’un pas léger à la cuisine.
- Coucou mamie ! Lança-t-elle joyeusement à une vieille femme au sourire généreux.
Cette dernière avait préparé un petit déjeuner fait de bols chocolatés et de tartines de fraise. Niobé l’embrassa et se rua sur les tartines qu’elle dévora avec délice.
Un moment plus tard, Niobé sortit de la villa sous un ciel bleu éblouissant. Elle passa devant une grande piscine de forme arrondie, descendit deux marches et se faufila entre les grands palmiers qui protégeaient la propriété des regards extérieurs.
Cette habitation était située à la limite Est de Nice, en bordure du Mont Boron. L’ensemble du quartier était ainsi en pente et surplombait la mer, visible loin en contrebas. Niobé pouvait l’apercevoir de temps en temps entre les habitations, tandis qu’elle descendait à pied le boulevard Carnot.
C’est ainsi, perdue dans ses rêveries d’enfant, que Niobé arriva à son collège.
Tu es de retour dans cette étonnante forêt où tout n’est qu’exubérance. La végétation adopte d’incroyables couleurs et exhale des senteurs exotiques, tandis que des oiseaux arc-en-ciel virevoltent selon d’impossibles trajectoires.
La cabane est là, toute proche. Pourquoi n’y entres-tu pas ?
Elle est aussi grande et bien construite qu’une vraie maison.
Elle est aussi accueillante que la forêt elle-même.
Dépêche-toi d’y entrer !
Car le croquemitaine n’est pas loin.
Niobé se réveilla en sursaut. Elle était assise à sa place, comme chaque élève de la classe. Le professeur de mathématiques la fixa d’un œil ironique et lança :
- Alors, Niobé, peux-tu me donner la solution à ce problème ?
La fillette posa un regard désorienté sur un tableau couvert de symboles mathématiques. Elle était toujours sous l’emprise de la peur qu’elle venait de ressentir dans son rêve éveillé. Un rêve qui venait de la surprendre en plein cours.
Le professeur s’amusa :
- Je t’écoute.
Il fixa Niobé d’un air qui disait :
« Vas-y, prouve-moi que tu es bien une surdouée. Montre à tous tes camarades que tu es digne d’être en classe de troisième alors que tu as seulement l’âge d’être en sixième ».
Niobé plissa les yeux sur le tableau, mais son cœur tambourinait dans sa poitrine et l’empêchait de se concentrer.
Le regard du professeur se teinta de satisfaction. Sans doute celle d’avoir mis en échec la surdouée de service, dont il avait refusé le saut de classe de toutes ses forces.
Il reprit :
- Tout le monde cale sur cette équation ?
Niobé porta discrètement une main à son cœur, qui battait jusque dans ses tempes. Elle sursauta quand la sonnerie de l’école retentit.
- Bien, conclut le professeur, ce problème constitue votre devoir à rendre pour le prochain cours.
Niobé demeura assise, alors que ses camarades rangeaient leurs affaires et commençaient à sortir de la salle de cours. Elle sursauta à nouveau ; le professeur venait de lui demander de libérer sa place.
Il ne lui fallut pas plus d’un instant pour faire son sac et déguerpir.
Sans trop savoir comment, Niobé se retrouva au milieu de la grande cour du collège, totalement déserte à cette heure de la matinée.
Il sembla subitement à Niobé que ce lieu était le seul endroit existant au monde.
Elle leva les yeux vers les fenêtres des différents étages, derrière lesquelles des salles se remplissaient d’élèves pour le cours suivant.
- Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Murmura faiblement Niobé.
Elle ne parvenait ni à fixer son attention ni à agir. Elle demeurait pétrifiée au milieu de la grande cour vide du collège.
Le cœur affolé, Niobé porta à nouveau son regard autour d’elle.
Cela devenait une évidence : elle ne pouvait pas retourner dans ce bâtiment, où se préparait pourtant déjà son prochain cours.
Un instant plus tard, Niobé courait à perdre haleine dans la ville de Nice.
Niobé courait sans réfléchir, sous un soleil d’été brûlant. Elle prit à gauche en sortant du collège puis s’engouffra dans la première rue à sa droite.
- Le port Lympia, murmura-t-elle dans un souffle de soulagement.
De nombreux bateaux de tailles diverses tanguaient, au rythme d’un vent léger et du clapotis des vagues.
Niobé soupira et essuya une goutte de sueur sur son front. La chaleur semblait déjà être à son paroxysme, tel un après-midi d’été surchauffé.
Niobé longea péniblement le quai jusqu’à un pub irlandais très chic, et y entra d’un pas assuré.
Elle s’approcha du comptoir derrière lequel se tenait un jeune homme vêtu d’une chemise blanche aux manches retroussées. Il leva la tête vers la jeune fille et lui lança jovialement :
- Niobé ! Que viens-tu donc faire ici à cette heure ? Tu ne devrais pas être en cours ?
S’avisant de la mine triste de la fillette, le jeune serveur dégaina aussitôt un grand verre qu’il remplit de chocolat chaud. Niobé le remercia d’un regard et s’assit au comptoir, devant son verre fumant.
- Grosse journée, constata le serveur avec empathie.
Niobé hocha la tête.
Le serveur reprit :
- Cette première semaine de rentrée scolaire est si dure que ça ?
- Elle est plus compliquée que prévu, confirma Niobé.
- Même pour une surdouée comme toi ?
Le ton de cette phrase se voulait à la fois compréhensif et valorisant. Niobé répondit simplement :
- C’est plus compliqué que ça.
Elle ne pouvait en dire davantage. Comment expliquer que son problème résidait dans un vague cauchemar dont elle n’avait aucun souvenir exact ?
Ce qui lui importait le plus, à ce moment précis, était de se sentir en sécurité. Or ce pub était le seul, avec la villa de sa grand-mère, à lui procurer un tel sentiment… A tel point que Niobé avait couru vers ce lieu sans même y penser.
Le serveur tourna la tête vers l’entrée et s’exclama :
- Tiens, voilà le patron !
Le visage de Niobé s’illumina. Elle se tourna vers l’homme d’âge moyen qui entrait dans le pub.
Son imposant gabarit suscitait immédiatement le respect. Il posa un regard accueillant sur Niobé et hocha silencieusement la tête en signe de salutation.
- Franck ! S’exclama Niobé en sautant de son tabouret de bar pour aller se serrer contre lui.
- Ouh là là ! Ça sent la grosse journée ! Constata ce dernier dans un grand rire grave.
- Ça se voit donc tant que ça ? S’étonna Niobé avec une innocence désarmante.
Le serveur rit de bon cœur et adressa un clin d’œil à Franck, qui murmura à l’oreille de sa protégée :
- Allons parler de tout ça dans l’arrière-boutique.
La susnommée arrière-boutique tenait bien plus d’un appartement privé, aménagé dans le même esprit décoratif que le pub.
Niobé se confia sans réserve à Franck, qui l’écouta avec la plus grande attention. Une fois que ce fut fait, il posa ses yeux bleu profond sur la fillette et expliqua calmement :
- Ce que tu viens de vivre ressemble à une petite crise d’angoisse ; ce n’est pas bien méchant en soit. Tu peux prendre le temps que tu veux pour rester ici et…
Franck se tut. Bercée par sa voix, Niobé venait de s’endormir contre lui, sur le canapé où ils s’étaient assis tous les deux.
Franck sourit et demeura contre la fillette.
Il veillait sur sa protégée.
Niobé dormait. Elle dormait mais elle avait vaguement conscience que quelque chose n’était pas à sa place, quelque part près d’elle.
Mue par une indicible pulsion, elle se redressa brusquement en écarquillant les yeux.
- Mais… Murmura-t-elle. Je suis… Je suis dans la…
Elle ne put terminer sa phrase tant ce constat était saugrenu. Tant il était tout bonnement impossible.
Niobé dut pourtant se résoudre à l’évidence : elle était assise à même le sol de sa forêt… La forêt du rêve flou qui hantait ses nuits depuis des années.
- Non, voulut protester Niobé.
Mais seul un faible murmure franchit ses lèvres.
Elle se releva lentement et demeura debout.
La forêt qui l’entourait n’avait effectivement rien d’ordinaire. La vivacité de ses couleurs et le ravissement de ses formes ne pouvait en effet exister que dans un film d’animation… Ou bien dans le rêve d’un enfant.
Niobé se pinça et grimaça de douleur. Elle sauta légèrement sur place et ressentit parfaitement les sensations de montée et de redescente, puis l’amorti de ses jambes sur le sol. Elle percevait son corps, son souffle et le contact de ses vêtements sur sa peau.
Tout cela était bien trop précis pour n’être qu’un rêve.
Niobé recula par réflexe, alors qu’un oiseau étincelant passait sous son nez en laissant une légère traînée arc-en-ciel derrière lui.
Une trainée à l’odeur alléchante de vanille.
Déstabilisée, Niobé ne savait ni quoi faire ni quoi penser. Elle ne se sentait toutefois pas menacée, car de ce lieu émanait une évidente sérénité.
Niobé eut une première pensée très pragmatique :
Je suis endormie près de Franck, dans son Irish Pub, et tout ceci n’est qu’un rêve délirant.
Puis une seconde :
Qu’est-ce que Baptiste a bien pu mettre dans mon chocolat chaud ?
Niobé fronça les sourcils. Elle murmura à sa propre attention :
- Cette forêt ne peut pas être un lieu qui existe réellement.
De fait, Niobé commençait pourtant à marcher entre d’immenses arbres surréalistes. Ils étaient de couleur bleu-mauve et se tordaient selon d’impossibles circonvolutions.
Chemin faisant, Niobé déboucha sur un petit sentier qui serpentait entre arbres fantaisistes et fleurs géantes. Perdue dans de vertigineuses interrogations, Niobé emprunta ce sentier sans réfléchir.
Au bout d’un moment le chemin se sépara en deux directions qui formaient un angle presque droit entre elles. Un panneau en bois sur lequel était peint une maisonnette indiquait le sentier de droite. Un autre panneau pointait vers la gauche, mais sur ce dernier n’était peint aucune indication.
Niobé recula d’un pas et les fixa avec circonspection. Ils étaient tous deux faits d'un bois précieux comme Niobé n'en avait jamais vu. La maisonnette peinte sur le panneau de droite était faite de couleurs joyeuses, presque enfantines, mais selon un dessin simple et maîtrisé.
La neutralité du panneau de gauche n’inspirait évidemment aucune envie particulière d’emprunter cette direction.
Quelque chose en Niobé s’éveilla alors, comme un vague souvenir. Celui d’un rêve maintes fois vécu.
Niobé porta une main à son cœur. Elle tourna la tête vers le sentier de droite et murmura :
- La cabane… Celle de mes rêves… C’est là qu’elle se trouve. Au bout de ce chemin.
Le cœur de Niobé battait à tout rompre tandis qu’elle s’engageait sur la droite et hâtait le pas.
Un long moment s’écoula ainsi, à évoluer entre des plantations végétales toutes plus folles et démesurées les unes que les autres.
Niobé arriva finalement dans une petite clairière, au centre de laquelle se tenait effectivement…
- La cabane ! S’exclama Niobé.
Bien que le rêve qu’elle faisait depuis sa petite enfance ne lui eût jamais laissé de souvenir précis, la grande cabane qui se dressait devant elle dégageait exactement la même ambiance.
Bâtie sur deux étages, elle était aussi grande et bien construite qu’une vraie maison. Elle était faite du même bois précieux que les deux panneaux indicateurs du chemin, ce qui la rendait rutilante, sous le soleil qui perçait depuis les hauteurs végétales.
Mais surtout, il émanait de cette construction une aura de protection et d’authenticité : celle du vieux grenier dans lequel on vient se réfugier en hiver, emmitouflé dans un pull confortable avec une tasse de chocolat chaud.
Un peu à l’écart de cette cabane se trouvait un petit puits en pierres tout aussi authentique.
Tout cela était étrangement familier. Tout cela avait été vécu dans d’innombrables rêves aussitôt oubliés.
Mue par une indéfinissable émotion, Niobé s’approcha lentement de la cabane. Bien qu’elle fût incapable d’en expliquer le sens, elle le ressentait au plus profond de son cœur : elle retournait chez elle.
Niobé se figea.
Peut-être… Peut-être que je viens ici à chaque fois que je m’endors, et qu’ensuite j’oublie tout à mon réveil ?
Niobé n’avait qu’une seule crainte : découvrir un endroit merveilleux qu’elle oublierait aussitôt. Le seul endroit dont elle avait pourtant réellement besoin.
Niobé prit une grande inspiration.
Elle tourna la poignée et ouvrit la porte.
La porte s’ouvrit sur un intérieur accueillant, entièrement fait de bois. Cet endroit était l’archétype même de la vieille maisonnée, attendant qu’un chaperon rouge vienne rendre visite à Mère-Grand.
Niobé entra et balaya attentivement les lieux du regard.
Il s’agissait d’une grande pièce unique dont la partie droite était une cuisine rustique, équipée d’un ancien four en fonte. La partie gauche était un salon chaleureux, dont la grande bibliothèque remplie de vieux livres captait le regard de Niobé.
Un escalier en bois montait depuis ce salon vers le premier étage.
D’une voix respectueuse, Niobé lança en sa direction :
- Bonjour, il y a quelqu’un ?
Comme elle s’y attendait, personne ne répondit. Niobé insista tout de même :
- Je suis Niobé, j’ai douze ans et je me suis perdue dans votre forêt !
Aucune réaction.
Niobé sentait au plus profond d’elle-même qu’elle n’avait pas besoin d’aller vérifier si le premier étage était effectivement vide. Elle se sentait à sa place, comme chez elle.
La fillette fit quelques pas en direction de la bibliothèque. Il y avait-là toutes les lectures qu’elle aimait, notamment une collection complète des œuvres de Jules Vernes.
Cet ensemble de livre tenait une place particulière dans le cœur de Niobé car il s’agissait de ses toutes premières lectures. Elle reconnut le livre avec lequel elle avait appris elle-même à lire, à l’âge de trois ans, sans la moindre aide extérieure.
Niobé se plongea malgré elle dans le souvenir de ce moment.
Tout d’abord incroyablement fiers de leur enfant prodige, les parents de Niobé s’étaient inquiétés de la façon de gérer une telle précocité. Ils l’avaient alors amenée à un médecin, qui leur avait donné l’adresse d’un centre spécialisé.
Verdict : la fillette possédait un QI de cent-soixante-douze. Sur le papier, il s’agissait d’une performance supérieure à celles d’Albert Einstein ou de Stephen Hawking.
Les parents de Niobé avaient réagi comme toujours : de façon excessive. De la vie de Niobé, ils avaient fait une succession d’obligations sensées optimiser son potentiel, et son quotidien n’avait plus été qu’ennui et isolement.
Ceci avait duré des années.
Des années, jusqu’à ce que tout bascule horriblement, à l’âge de dix ans.
Niobé secoua la tête et revint à elle.
La lumière qui diffusait dans la cabane depuis l’extérieur rougissait, preuve qu’une quantité de temps non négligeable s’était écoulée.
Niobé ne s’en formalisa pas, elle se perdait facilement dans ses pensées et ses souvenirs.
Elle replaça précautionneusement le livre à sa place, entre deux autres ouvrages de la bibliothèque, puis elle pivota lentement sur elle-même pour observer le reste du salon.
Ce dernier se ternissait, sous l’éclairage faiblissant du soleil couchant. Niobé se demanda alors à voix haute :
- Comment vais-je faire pour rentrer chez moi ?
Elle réfléchit un instant et reprit :
- Peut-être suffit-il que je m’endorme pour me réveiller dans le canapé de Franck ?
Niobé n’avait pourtant nullement sommeil. Elle ressortit de la cabane et demeura bouche bée.
Plus le soleil disparaissait derrière l’horizon, et plus la végétation émettait elle-même son propre éclairage. Il s’agissait d’une lueur légère, qui émanait de chaque feuille, chaque brin d’herbe, chaque plante géante. Toutes ces petites luminosités s’additionnaient et baignaient la forêt d’une douce pénombre mauve-bleuté.
Niobé contempla longuement le nouveau visage de cette forêt, qui alimentait sa propre veilleuse de nuit.
Niobé frissonna et s’approcha du puits, situé à quelques mètres à peine de la demeure.
Quelque chose, dans ce dernier lui était encore plus familier que tout le reste... Comme si ce puits était important. Il n’y avait pourtant là qu’une simple margelle en pierre, dépourvue de manivelle ou de corde qui eût permis de descendre un seau.
De seau il n’y avait d’ailleurs pas la moindre trace. Dans ce cas, comment ce puits pouvait-il avoir la moindre utilité, la moindre importance ?
Niobé passa la tête au-dessus de la margelle et se pencha sur un abîme insondable. Le fond de ce puits était sans doute le seul endroit véritablement ténébreux de toute la forêt.
Niobé sursauta.
Un craquement venait de retentir au loin, dans la végétation luminescente. Un craquement inquiétant, long et profond, comme si une gigantesque bête broyait d’énormes masses végétales entre ses pattes griffues.
Niobé porta instinctivement une main à son cœur et se raidit.
Un nouveau craquement s’éleva, plus violent et davantage menaçant.
A peine eût elle le temps de réaliser ce qu’elle faisait que Niobé s’était déjà ruée à l‘intérieur de la cabane, fermait le loquet de la porte d’entrée et reculait d’un pas.
La forêt tout entière résonna d’un nouveau craquement ; la cabane vibra légèrement.
Ce bruit activait une peur viscérale dans le cœur de Niobé. Car si elle était déjà venue en ce lieu et avait tout oublié, son cœur, lui, se souvenait parfaitement… Il savait quelle chose terrible hantait la forêt une fois la nuit tombée.
La forêt et la cabane tremblèrent à nouveau.
Niobé hurla. Dans la plus grande confusion elle se rua à l’étage où elle plongea sous les couvertures d’un grand lit en bois.
Elle glissa un œil timide hors de son cocon de laine…
La luminescence de la forêt jetait une pâle lueur à travers les fenêtres, ce qui permettait de distinguer formes et contours dans un mélange de légers reflets irisés.
La chambre où s’était réfugiée Niobé était de dimension moyenne et pourvue d’une table et d’une chaise. Cette pièce eût pu être celle de quelque chaperon rouge, poursuivi par un loup terrible.
La forêt trembla à nouveau.
Puis quelque chose gémit, au-dehors. Une chose énorme et profondément mauvaise, en chasse d’innocence.
Niobé se roula en boule sous la couverture et ferma les yeux de toutes ses forces. Cela dura longtemps, alors que la nuit résonnait des grattements monstrueux d’une Bête enragée, parcourant la forêt à toute vitesse.
Niobé se crispait de tout son corps, de tout son être. Tant et si bien que, à bout de forces…
Elle s’endormit.
Croque, croque, mon ami,
Croque cette mitaine !
Niobé se réveilla en sursautant.
Elle rabattit brusquement les couvertures… Et réalisa qu’elle était toujours dans la cabane. Plus exactement dans le lit de la chambre où elle s’était endormie la veille.
Au dehors le soleil était digne d’un plein été, et la forêt radieuse. Tout était calme, serein.
Une première préoccupation saisit Niobé :
Comment est-ce que je vais revenir à Nice ?
Commandez le livre complet :